L’antifascisme non-violent se définit comme une forme de résistance au fascisme qui refuse de reproduire les logiques de haine et de domination qu’elle combat. Dans un contexte marqué par la montée des discours autoritaires, racistes et complotistes et des forces d’extrême droite destructrices des solidarités et de la démocratie, cette approche cherche à opposer à la violence politique montante une action collective non-violente juste, solidaire et efficace. Notre but est de faire reculer les idées en respectant les personnes.
Quand l’antifascisme s’exprime sous des formes où l’affrontement physique occupe une place importante, il risque de légitimer la violence adverse ainsi que la répression. L’antifascisme non-violent vise à désamorcer la logique d’escalade propre à la confrontation violente. Lutter sans haïr, c’est affirmer que la cohésion démocratique et sociale ne peut être défendue par des moyens qui la détruisent.
Cette conception repose sur trois principes.
- Le premier est éthique : rechercher la cohérence entre les moyens utilisés et la fin recherchée. L’usage de la violence, même au nom de la bonne cause, altère la légitimité démocratique et éthique du mouvement antifasciste et compromet la construction d’un projet de société fondé sur la non-violence.
- Le deuxième est psychologique et politique : la haine nourrit la polarisation sociale dont le fascisme tire sa force. Le combattre suppose au contraire de préserver les valeurs qui fondent le vivre ensemble : la pluralité des opinions, le dialogue, la tolérance, le respect, la régulation pacifique des conflits.
- Le troisième est stratégique : la non-violence, en rendant visible l’injustice sans la reproduire, permet de rallier des soutiens larges dans l’opinion publique et de mobiliser la société civile.
L’antifascisme non-violent se base sur une analyse des dynamiques antidémocratiques que l’on combat afin d’en identifier les piliers idéologiques, économiques, politiques et de cibler les objectifs stratégiques de l’action.
Concrètement, il s’incarne dans des pratiques variées : éducation populaire, mobilisation culturelle et artistique, réseaux de solidarité au quotidien et envers les personnes stigmatisées, création d’espaces démocratiques et renforcement du pouvoir d’agir, observatoires citoyens contre les discours de haine, actions symboliques, humoristiques de désobéissance civile pour défendre les libertés publiques, boycott d’acteurs économiques ou médiatiques alimentant la division et la haine,…
Ces pratiques, combinant action directe et construction sociale, visent moins à « vaincre » un adversaire qu’à délégitimer les idéologies de la haine et de l’exclusion et à renforcer les indispensables solidarités avec les personnes victimes de discrimination.
Un antifascisme fondé sur la non-violence est fondamentalement une stratégie de défense de la démocratie. Résister sans haïr, c’est maintenir ouverte la possibilité d’un monde et d’un avenir communs. À l’heure où l’extrême droite est aux portes du pouvoir et que les idéologies nauséabondes progressent dans l’opinion, cette lutte civique et non-violente est plus que jamais légitime et urgente.
Non-violence XXI souhaite soutenir toutes initiatives développant cette approche et notamment les sensibilisations et les formations aux méthodes de l’antifascisme non-violent.
